Colloque de Sorèze

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Programme du 9ème Colloque

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MERCREDI 8 FÉVRIER

10h00 Ouverture du colloque par Pierre Arbus

DU MOT À LA MÉMOIRE, RÉSONANCES DU PAYSAGE SONORE

Modérateur : Pierre Arbus (Université de Toulouse II - Le Mirail)

10h30 Simon Cacheux (designer sonore) et Audrey Moutat (Université de Limoges)

Paysage sonore ou paysages sonores : question de représentation Partant des considérations de R. Murray Schafer sur le paysage sonore, cette communication vise à en enrichir la définition (et notamment le vocabulaire qui lui est associé) au regard d’une confrontation entre les descriptions proposées par les professionnels du son et celles des néophytes. Une analyse sémantique comparative des descriptions de paysages sonores formulées par des néophytes d’une part, professionnels du son de l’autre, visera à mesurer les écarts perceptifs entre les sujets et à déterminer la structure et l’organisation d’un paysage sonore ; une réflexion enrichie par une étude du Jardin des Sons du domaine de Laborie où la description du sonore s’accompagne d’une activité créatrice de l’écoutant.

11h15 Massimo Olivero (Université Sorbonne Nouvelle - Paris III)

Persistance du paysage sonore dans le cinéma parlant des années trente Dans les années trente, certains cinéastes exploitent encore la plasticité du paysage qui caractérisait le cinéma muet, pour produire une image-sonore, qui était inexprimable par la seule narration. Cette représentation du paysage, qui pour Eisenstein témoigne la non-indifférence de la nature, lui redonne un rôle central dans une mise en scène, celle du cinéma parlant, qui tendait à le reléguer en l’arrière-plan comme un décor sans importance. Dans des films comme L’Or des mers d’Epstein, Ivan de Dovjenko ou Au bord de la mer bleue de Barnet, on retrouvera la persistance d’une esthétique qui voulait sauvegarder la force évocatrice de l’image-sonore et lutter contre la logorrhée de l’image parlante.

12h00 Mylène Pardoen (Université Lyon 2)

Vers une archéologie du paysage sonore De nombreux musées réclament une « re-mise en scène ou en contexte » des oeuvres d’art ou des faits historiques, afin que ceux-ci présentent « une tranche de vie ou d’action ressortie du passé ». Les deux installations sonores servant d’illustration à mes propos sont de ce type. Restitution sonore de cinq batailles du XVIIe au XIXe siècle ou projet Bretez (restitution multimédia de Paris au XVIIIe siècle), ces réalisations posent des questions fondamentales : peut-on entendre le passé ? Pourquoi et comment restituer ce passé sonore ? L’archéologie du paysage sonore relève-t-elle du concept de paysage sonore ?

13h00 - 14h45 Déjeuner

DES POÏÉTIQUES DE L’ARPENTEUR

De la collecte d’échantillons sonores à l’élaboration d’un imaginaire paysager

Modérateur : Patrick Barrès (Université de Toulouse II - Le Mirail)

15h00 Cédric Peyronnet (artiste sonore)

Explorer le territoire par l’écoute et l’enregistrement Deux de mes derniers projets d’exploration du territoire par l’écoute et l’enregistrement de ce que l’on pourrait qualifier de « part sonore » du paysage, en régions Limousin et Bourgogne, ont été l’occasion de mettre en œuvre un panel d’outils et de méthodologies proposé par les communautés gravitant autour de la notion d’environnement au sens large. Quels sont ceux qui se sont révélés adaptés, utilisables, pertinents ? Qu’ont fini par recouvrir les notions d’ « objet sonore », de « paysage sonore » dans ce cadre ? Comme le définit Michel Chion, est-ce l’enregistrement qui « permet la fabrication du paysage » ?

15h45 Serge Cardinal (Université de Montréal)

Radio Road movies : la renaissance sonore du paysage Le paysage sonore est la catastrophe du paysage pictural. C’est ce que laisse entendre Radio Road Movies, de Christian Calon et Chantal Dumas. L’enregistrement sonore rend la vérité aspectuelle des éléments de la nature, mais non sans la temporaliser : dans cette variation de la réalité se perd la distinction des formes. La composition des sons peint un paysage, mais, la jonction des plans étant processuelle, l’auditeur risque à tout moment de le perdre. Comment tirer un paysage de ces catastrophes ? D’abord, en cartographiant les intensités sonores. Ensuite, en rappelant le souvenir d’un regard, celui d’une caméra.

16h30 Pauline Nadrigny (Université de Paris I - Panthéon Sorbonne)

Échos de Walden : les penseurs du paysage sonore à l’écoute de Henry David Thoreau Décrivant la nature comme une « immense composition musicale », Schafer ne cache pas sa dette à l’égard de l’auteur de Walden . Mais cet héritage pose problème en ce qu’il simplifie la conception que se fait Thoreau de l’harmonie naturelle. Nous proposons de comparer cette reprise de Thoreau à celle qu’opère une autre pensée des sons environnementaux : celle de John Cage, qui en retient une conception anarchique du monde sonore. Les échos de Walden chez Schafer et Cage permettront de révéler un débat interne aux théories du paysage sonore, portant sur les présupposés axiologiques de l’écologie acoustique.

JEUDI 9 FÉVRIER

DES GÉOGRAPHIES SONORES

Modérateur : Sophie Lécole Solnychkine (Université de Toulouse II - Le Mirail)

10h00 Benjamin Capellari (Smith College, ENS Ulm)

Des paysages d’Europe orientale en musique, l’exemple de Má Vlast de B. Smetana Peindre et dépeindre en musique, c’est l’idée paradoxale que suggère la notion de paysage appliquée à ce qui est par excellence un art du temps, et un art abstrait. Détachée de toute scène de théâtre, la forme du poème symphonique suggère à partir d’un argument, mais n’a d’autre support que la musique même pour donner à voir ce qu’elle incarne. Nous chercherons ici à proposer une exploration d’une œuvre symphonique d’Europe de l’Est, du XIXe siècle tchèque, à travers l’idée qu’elle tente de présenter, conter, décrire et dépeindre à l’auditeur un paysage national.

10h45 Philippe Ragel (Université de Toulouse II - Le Mirail)

Coupes sonores à Téhéran Aux stases paysagères du maître persan Abbas Kiarostami l’a cédé depuis plus de dix ans un cinéma urbain de la question politique et sociale. Le son ne fut pas le moindre acteur de ce déplacement vers Téhéran. En témoignent les films bruyants de Jafar Panahi, d’Asghar Farhadi, de Bahman Ghobadi. Souvent frappés d’interdit, ils opèrent une véritable radioscopie sonore du nouveau paysage contestataire iranien. Mais pas seulement. En coupe, ils auscultent aussi un arrière plan culturel dont il faudra bien se demander ce qu’il nous apprend de la société iranienne contemporaine, de ses mutations, de sa relation à l’Occident comme à ce mode de représentation exemplaire que constitue aujourd’hui pour elle le cinéma.

11h30 Aleksandra Lypaczewska (École Supérieure d’Art des Pyrénées)

Ryoanji de John Cage : paysage minéral, paysage sonore Comment une abstraction minérale destinée à être contemplée peut devenir une composition musicale ? John Cage répond à cette question en créant entre 1983 et 1985 cinq paysages sonores inspirés par le jardin zen du monastère japonais Ryoanji. Le processus compositionnel, l’aspect graphique de la partition ainsi que le résultat sonore reflètent l’organisation parfaite d’un jardin zen : précise et appliquée. Ce paysage sonore, en apparence immuable - à la manière de son modèle visible - évolue subtilement dans la durée. Ryoanji de John Cage est une pièce qui permet à la matière minérale de devenir audible et d’emporter l’auditeur dans un espace sonore, dématérialisé.

13h00 - 14h45 Déjeuner

DES ÉCRITURES DU SILENCE

Modérateur : Guy Chapouillié (Université de Toulouse II - Le Mirail)

15h00 Alexandru Matei (Université Spiru Haret, Bucarest)

Les liens entre les textes de certains écrivains ou artistes modernes et le silence (de Mallarmé à John Cage) ont pour source première un constat théorique : la parole n’a elle-même de sens qu’entouré de silence. Plus il y a de silence autour des paroles - et du bruit mondain - plus l’effet insolitant (« ostrenie », pour employer l’attribut définitoire de la littérarité selon les formalistes russes) augmente. Nous voudrions rapporter dans une perspective esthétique les silences de fond dans le film de Andrei Ujica L’Autobiographie de Nicolae Ceausescu (2010) et le thème du silence chez Roland Barthes, pour approcher ainsi, des deux côtés, une des seules réalisations, sensibles, de l’absolu esthétique au début de ce troisième millénaire.

15h45 Sylvain Louet (Lycée Montaigne, Paris)

Figures du sublime dans les paysages sonores du vide, Gus Van Sant / Sharunas Bartas Le sublime s’origine dans le son. Aussi souhaite-t-on confronter les paysages sonores de Gus Van Sant, qui recourt à de la musique et aux effets sonores, et de Sharunas Bartas, qui privilégie un naturalisme symbolique et hiératique. Tous deux représentent différemment le sublime à travers « la minute du considérable danger : l’extase devant le vide » (René Char, « À une sérénité crispée »).

16h30 Benjamin Thomas (Lille 3, Paris 10, Strasbourg, Clermont-Ferrand 2)

Ne pas laisser la ville au seul visible : des usages du (bruit du) vent dans la représentation de la ville chez Hirokazu Kore-eda De nombreux films japonais contemporains s’emploient à faire émerger la ville comme matérialité, obstruant aussi bien l’horizon que la perspective d’une circulation effective de tout lien inter-humain. Mais parmi ces films, certains vont plus loin et tentent de proposer de nouveaux modes d’être en ville, qui déjoueraient son caractère d’entrave concrète. Les œuvres de Hirokazu Kore-eda s’inscrivent dans cette démarche, mais ils le font d’une singulière façon. Le cinéaste fait en effet le choix de privilégier le son, et d’associer à la ville à une présence sonore inattendue : le bruit du vent.

17h15 Daniela Ricci (Université Jean Moulin - Lyon 3)

La voix du vent dans Heremakono de Abderrahmane Sissako Avant de partir en Europe, Abdallah vient retrouver sa mère à Nouadhibou, petite ville de pêcheurs, sur la côte mauritanienne, entre le désert et l’océan. Sa compréhension de cet univers passe à travers l’écoute du paysage : la musicalité d’une langue qu’il ne comprend pas, le souffle du vent, les vagues de la mer, le thé qui coule, les chants des enfants, la voix de la radio, les bruits du marché, et toutes les « images sonores » d’un lieu où les regards rivés vers l’horizon semblent chercher le bonheur ailleurs.

VENDREDI 10 FÉVRIER

DE L’ESPRIT D’ATELIER

Modérateur : Pauline Nadrigny (Université de Paris I - Panthéon Sorbonne)

10h00 Pierre Commenge (Créateur multimédia, Collectif Échelle inconnue)

Écouter chuchoter les murs « Écouter chuchoter les murs » est l’aboutissement d’un travail d’entretiens de neuf mois sur la visibilité de la présence musulmane à Marseille. De ce travail, une cartographie sonore a été réalisée. Cette carte immatérielle se parcourt, équipé d’un boîtier géolocalisé réalisé spécifiquement et muni d’un transducteur sonore qui donne naissance au son dans les matériaux urbains, les utilisant comme support de résonance. Les sons sont localisés autour de lieux et d’espaces choisis. Les textures du son fluctuent d’une surface d’écoute à l’autre selon les choix de l’auditeur / promeneur, déclencheur d’une écoute collective et « extime », entre documentaire dans les murs et création sonore poétique.

10h45 Nicolas Planchard (Université de Versailles Saint-Quentin)

Touch, un laboratoire de paysages sonores Fondé il y a trente ans, la structure audiovisuelle Touch constitue l’un des plus anciens labels indépendants britanniques toujours en activité. Depuis 1982, Touch s’est distingué par son catalogue qui rassemble de grands noms de la musique électronique (Biosphere, Fennesz, Chris Watson). Tout autant qu’un son, ce sont les paysages photographiés par Jon Wozencroft qui marquent l’identité de Touch. Les publications de Touch s’inscrivent d’autant plus dans les paysages que de nombreux artistes puisent dans le Field recording les sons à l’origine de leurs musiques. Chris Watson et BJ Nilsen sont deux artistes représentatifs d’une esthétique Touch. Le premier construit des récits de voyages exclusivement constitués d’enregistrements glanés lors de ses périples tandis que le second amène les sons concrets vers des contrées plus mélancoliques et pastorales : deux approches de la composition du paysage sonore.

11h30 Patrick Barrès (Université de Toulouse II - Le Mirail)

Motifs sonores dans les pratiques du land art, motifs d’invention du « paysage dialectique » Dans la démarche du landartiste Robert Smithson, la poïétique paysagère s’organise entre les deux pôles du site et du non site, rapportées à des variables d’intensité (son, lumière, couleur), et coordonnées à des motifs d’altération et à des moteurs de « dé-différenciation ». Les concepts et les scénarios poïétiques développés par Smithson sont au cœur de pratiques contemporaines dans les domaines du land art et de l’architecture orientées vers l’instauration de paysages sonores. Ils participent à une redéfinition des enjeux sur le plan de la construction paysagère et en matière d’environnement.

13h00 - 14h45 Déjeuner

POÉTIQUE DE L’ENTRE-DEUX : HORIZONS ET FRONTIÈRES

Modérateur : Delphine Talbot (Université de Toulouse II - Le Mirail)

15h00 Patrick Romieu (Socio-anthropologue, chercheur associé Cresson, CNRS / École d’Architecture de Grenoble)

Pour une critique de la notion de Paysage Sonore à l’épreuve de l’expérience sensorielle Notre communication s’efforcera de répondre à la question suivante : dans quelle mesure la notion de Paysage Sonore permet-elle de penser les expériences de la complexité acoustique ? Nous tenterons, à partir de l’écoute de quelques scènes sonores, d’identifier les limites à la fois descriptives et épistémologiques des champs conceptuels coextensifs de la notion. Si l’idée même de Paysage Sonore a constitué en son temps une véritable opportunité permettant d’unifier des expériences complexes difficilement communicables, une pensée rigoureuse fondée sur une anthropologie du son se doit de dépasser aujourd’hui les cadres rassurants de l’écoute un peu hâtivement peut-être qualifiée de paysagère.

15h45 Thierry Millet (Université d’Aix-Marseille)

Entre chien et loup, un paysage sonore proliférant à l’orée de nos sens Tout en étant esthétiquement différents, les films Sombre (1998) de Philippe Grandrieux, et Oncle Boonmee, celui qui se souvient de ses vies antérieures (2010) d’Apichatpong Weerasethakul, partagent un traitement sensiblement proche de l’image et du son. En empêchant la vision, un trouble perceptif s’installe, nous confrontant à la perte, à l’altérité et à la synesthésie. L’univers sonore est alors en charge et en réserve de formes intimement proliférantes qu’il appartient au seul spectateur de convoquer, d’animer, d’éprouver. Les hallucinations hypnagogiques entre les deux modes perceptifs vont alors proliférer dans un espace temps que l’on qualifiera d’entre chien et loup. Car, dans ces deux films, c’est tout un monde monstrueusement animal qui se manifeste à l’orée de nos sens.

16h15 Erika Thomas (Université Catholique de Lille CMCI-FLSH)

Enveloppe sonore du Sertão : Vidas Secas (Nelson Pereira dos Santos 1963) ou le son à perte de vue Le film brésilien Vidas Secas (Nelson Pereira dos Santos, 1963) emblématique du cinema novo des années soixante, s’ouvre et se referme sur le son strident et particulier d’un char à bœufs. À moins qu’il ne s’agisse d’une plainte autour de laquelle s’articule le propos central du film discutant de la misère du Nordeste et de ses vies déshumanisées. En considérant la dimension rhétorique de ce son et en déconstruisant ses spécificités, nous pourrons statuer sur ses qualités d’enveloppe sonore du Sertão.

17h00 Synthèse du colloque par Sophie Lécole Solnychkine (Université de Toulouse II - Le Mirail)

Paysage sonore, échographie du monde...

Paysage sonore, échographie du monde...

Appel à communications

9ème Colloque de Sorèze, Organisé par l'Ecole Supérieure d'Audiovisuel ( ESAV), le Laboratoire de Recherche en Audiovisuel (LARA), Savoirs, Praxis et Poïétiques en Arts plastiques et appliqués (SEPPIA), l'Université de Toulouse II le Mirail. Les 8, 9, 10 février 2012 à l’Abbaye École de Sorèze (Tarn) Site internet : colloque.de.soreze.free.fr

Argument :

En tant que telle, l’expression « paysage sonore » pose manifestement question. En effet, elle emploie, pour désigner un objet appartenant au registre de l’audible, un terme qui renvoie spécifiquement à l’ordre du visible. Cependant, à y regarder – écouter - de plus près, l’apparent paradoxe ne tient pas, et cède face à l’apparition d’une circularité des sensorialités : lorsque le paysage, plus largement le visible, sollicite le registre sonore, appelle de ses traits l’audible, lui donne force d’expression, transformant le contempleur… En auditeur.

Si l’on consent à cette alliance du paysage, visible, avec le sonore, audible, jusqu’à la subversion d’un renversement, celui du paysage que l'on écoute, celui du sonore que l’on paysage, alors, dans l’ombre des paupières closes, c’est l’émergence de tous les possibles d’un paysage dont les résonances nous deviennent lisibles : le Paysage sonore, dans le chemin parcouru depuis l’instant d’une réception au présent, d’un réel dont nous sommes le point d’écoute et, naturellement, l’interprète, jusqu’à la représentation et la tentation à l’œuvre, au-delà du compte-rendu, de la prise de notes. Le paysage sonore enregistré et temporel, plus loin comme invention, plus loin encore, comme écriture !

Déjà, en son temps, Léonard de Vinci mettait ses contemporains au défi de rendre « sonores » les paysages peints : une exhortation à « rendre sensible non seulement le visuel du déluge, mais aussi le gargouillement des rivières, les pleurs et les cris des hommes, l’orgie des tonnerres, les hurlements des vents… » (Carnets). Et il n’est pas étonnant que l’on retrouve cette même citation dans un article de S. Eisenstein, Montage 1938, paru dans la revue Isskoustvo kino l’année suivante, dans lequel le cinéaste évoque la possibilité pour le cinéma muet de suggérer, par différents procédés cinématographiques, les sons pour l’instant tu.

Sur ce fil de la circularité des spécificités inhérentes à chaque sens, à chaque paysage (visible et sonore), une étude du passage des problématiques fondamentales, du paysage pictural (structure d’horizon, cadrage, étagement de plans successifs, perspective, jeux de la figure et du fond, de la profondeur et de la distance, etc.) au paysage sonore, nous paraîtrait bienvenue. L’organisation spatiale du paysage pictural, cinématographique, devient-elle une organisation temporelle dans le paysage sonore, réduisant ce dernier à un ensemble d’isolats (P. Schaeffer) ? Le paysage sonore, plastique, n’appelle-t-il pas lui aussi de l’écriture, de la graphie, une mise en espace, une scénographie, une dramaturgie ?

Toutefois, si l’on assiste, à travers la caméra d’Andreï Tarkovski, à l’écriture sonore d’une mystique du paysage, souvenons-nous que c’est à l’écoute du tintement parfait de la cloche, fondue au péril de sa vie par le jeune Boriska, que se dessinent, chez Andreï Roublev, non seulement le retour de la foi et son corollaire, non moins vital, celui du désir de peindre, mais aussi le retour de la parole, l’iconographe rompant enfin son vœu de silence.

Ces cloches, ce peuvent être aussi celles invoquées par l’historien des sons et des odeurs Alain Corbin dans son ouvrage éponyme, les « cloches de la terre ». Campaniles, cornes de brume, sons-territoires ou landmarks, que l’on retrouve également, à travers la posture, tout à la fois musicale et documentaire – poétique assurément, du World Soundscape Project porté, à Vancouver, par Robert Murray Schafer et sa troupe...

Ce terme, landmark (R. Murray Schafer), que l’on ne traduit en français (marqueur sonore) qu’au sacrifice de l’une de ses dimensions prévalentes, renvoie au marquage territorial, à la délimitation, à la borne qui jalonne des parcelles. Cette dimension spatiale du paysage sonore, mais plus largement aussi du son, nous souhaitons l’approfondir dans ce colloque. Que cet ancrage spatial soit celui du « promeneur écoutant » (M. Chion) qui chemine dans le paysage, marquant de son pas à la fois le rythme du soundscape et le sol du landscape, ou celui du cinéaste, du musicien, du plasticien ou du praticien du fieldrecording qui réfléchit à la diffusion du son, par exemple en imaginant des dispositifs immersifs.

Ce sont bien ces expériences de l’immersion, que Pascal Amphoux décrit par un vocabulaire choisi – “fluidité, fluvialité, continuité, enveloppement, engloutissement, circulation, mobilité, passage, agitation, flux, mixité, mélange ou fusion, mise enceinte – qui submerge dans sa propre fluidité l'auditeur” – dont on voudrait parcourir les visages, les gestes, les manières intérieures, les résonances sensibles et imaginaires qu’elles suggèrent...

Nous accueillerons pour une première sélection toutes les propositions de chercheurs, enseignants-chercheurs, professionnels de l’image et du son, inventeurs, créateurs et artistes cinéastes, plasticiens, sonores et radiophoniques...

Environ 2000 caractères (espaces compris), accompagnés d’une courte biographie / bibliographie de l'auteur, et d’un résumé d’une centaine de mots pour la préparation du programme (format impératif), avant le 30 novembre 2011, pour une réponse avant le 20 décembre 2011.

Chaque communication durera 30 minutes, auxquelles s'ajouteront 15 minutes de débat avec le public. On privilégiera l'énergie et le mouvement de la parole, la diffusion / projection d'œuvres ou d'extraits d'œuvres, la dynamique de l'échange... Les propositions sont à envoyer à : Sophie Lécole / Pierre Arbus colloque.de.soreze@free.fr

Comment se rendre à Sorèze

Sorèze est un village médiéval, et se trouve dans le département du TARN, à une quarantaine de kilomètres de Toulouse, tout près de REVEL (Haute Garonne). L'Abbaye Ecole est indiqué dès l'entrée dans le village.

Une navette gratuite est mise à disposition du public tous les jours de la durée du Colloque.

DEPART : le matin 8 h 30 de la Gare Routière de Toulouse / DEPART DE SOREZE le soir vers 18 h 30

Un panneau : COLLOQUE DE SOREZE figurera sur le pare-brise du bus.

On peut s'inscrire pour la navette auprès de Djazzaïra Berkouk, au 05 61 50 44 46, ou mail : esav@univ-tlse2.fr

Un cinéma du subjectif

Le 8ème Colloque de Sorèze (Tarn), consacré au cinéma et à l’audiovisuel, aura lieu les mercredi 9, jeudi 10 et vendredi 11 février 2011, sous la responsabilité scientifique de Gérard Leblanc, professeur à l’Ecole Louis Lumière, à Paris.

Un cinéma du subjectif

La 8ème édition du Colloque de Sorèze, qui aura lieu au mois de février 2011 à l’Abbaye Ecole de Sorèze (Tarn), se propose d’envisager quelques-unes des formes de l’expression directe de la subjectivité au cinéma ou, plus exactement, quelques-unes des manifestations du travail de la subjectivité au cinéma. Cela conduira à questionner des démarches cinématographiques qui croisent enjeux de vie et enjeux de représentation, en opposition à la tradition auteuriste à la française comme à la ligne de démarcation établie entre pratiques professionnelles et pratiques amateuristes. Il est clair que, dans ce contexte, un film ne peut plus être l’expression indirecte d’un auteur ni le simple exercice d’une profession. Un premier axe de recherche consistera à redéfinit une subjectivité en mouvement dans l’ensemble de ses composantes. Cette subjectivité est bien sûr celle du ou des cinéastes mais aussi celle des personnes filmées, qu’elles soient ou non des acteurs de profession, ainsi que celle des spectateurs. Nous sommes demandeurs de travaux de recherche qui visent à mettre en relation ces trois niveaux de subjectivité (cinéaste, personnes filmées, spectateur), car ils ouvrent sur un questionnement des interactions que le film est susceptible de construire avec la vie réelle des personnes qui s’y impliquent aux différents stades de son élaboration et de sa circulation. Il sera sans doute nécessaire de s’interroger également sur les modes d’implication personnelle du ou des cinéastes à travers l’auto-filmage, l’entre-filmage et le régime de l’interpellation. En s’exposant d’une manière ou d’une autre, le cinéaste se met en jeu - en tant que cinéaste et en tant que personne – et le mouvement du film provoque une série de déplacements identititaires où l’altérité n’est pas jouée d’avance mais résulte au contraire du travail du film. Le film s’approche ici de la performance tout en s’en différenciant. Gérard Leblanc, Professeur à l’Ecole Nationale Louis Lumière, Responsable scientifique de la 8ème édition du Colloque de Sorèze

Programme - 8ème Colloque

Mercredi 9 février 2011


  • 10 h à 11 h : Gérard Leblanc - Coprésentation avec Catherine Guéneau.
  • 11 h à 12 h : Catherine Guéneau - De l'expression subjective directe. Croiser des enjeux de vie avec des enjeux de cinéma. S'impliquer. S'exposer. Se mettre en jeu. Mettre en jeu quelque chose de soi qui ne relèverait pas seulement de la création en tant qu'activité séparée, circonscrite précisément au temps de la création. La création en tant qu'activité séparée n"interagit pas avec la vie, elle se substitue à elle. Hypothèse: il y aurait dans la création quelque chose qui ne relèverait pas de la création mais de l'horizon de vie du créateur. L'enjeu du film n'est pas le film comme activité séparée mais l'ensemble des interactions que le film construit avec la vie: celle des filmeurs, celle des filmés, celle des spectateurs (les personnes qui sont amenées à découvrir un film parce qu'ils partagent quelque chose avec lui).
  • 12 h à 13 h : Daniela Ricci - Subjectivité en mouvement et déplacements identitaires dans les cinémas africains contemporains. A la tradition auteuriste sartrienne du groupe des « Jeunes Turcs », la sociologie du cinéma réplique qu’un film est une œuvre collective, fruit d’un milieu social, « points d’articulation ou de liaison entre des communautés, souvent fort différentes », comme dit Esquenazi. Les cinématographies africaines révèlent de leur naissance au temps des « soleils des indépendances », à partir de l’urgence de raconter et de s’auto-représenter, en réponse au cinéma colonial et à la vision ethnographique à la Jean Rouch. Nous essayerons de montrer, à l’aide de séquences de films de l’Afrique sub-saharienne, comment des œuvres artistiques interpellent les réalités en provoquant des déplacements identitaires, lesquels résultent des interactions des cinéastes-métis, culturellement s’entend, avec les acteurs et les publics.
  • 13 h à 14 h 30 - Déjeuner
  • 15 h à 16 h 30 : Boris Lehman - Le film est plutôt un autoportrait par procuration. J’ai toujours eu besoin des autres pour me filmer, pour me décrire (cf. Tentatives de se décrire). La caméra est un miroir, d’abord pour moi, ensuite pour le spectateur à qui le film s’adresse et qui prend, en quelque sorte, ma place. Le subjectif de l’auteur renvoie au subjectif du spectateur. Dans mon cas, les films sont plus parlants que les mots. Je voudrais donc laisser une large part du temps de ma « conférence » aux images que j’ai fabriquées et qui s’expliquent d’elles-mêmes – où dont il me sera plus facile de parler à partir des questions qu’elles susciteront.
  • 16 h 45 à 18 h : Fabienne le Houérou - Les "jeux" du "je" dans la narration filmée. Cette communication interroge le statut de l'auteur dans sa dimension genrée et s'appuie pour sa démonstration sur un film tourné en Inde en 2008 , à Dharamsala , "Les sabots roses du Bouddha". Un court métrage qui explore "le mélange des genres" ou "la confusion des genres" au sein des acteurs religieux bouddhistes de la diaspora tibétaine Il questionne la place des femmes tibétaines en exil. Bref il insiste sur l'effet de miroir entre êtres filmés et auteur filmant. Il illustre la place du "jeu" dans le commentaire et évoque l'émergence de l'égo-récit à l'intérieur du champs. Un ego-récit qui s'imposerait comme en-dessous ou au-dessus du genre.


Jeudi 10 février 2011


  • 10 h à 11 h : Fabienne Bonino - Stephen Dwoskin, de la personnalisation de la caméra à l’érotisme haptique. Le gros plan comme révélation d’un subjectif dérangeant. La caméra de Stephen Dwoskin s’affirme comme une extraordinaire lutte contre la mort et la maladie en interrogeant la position du corps. Jamais objectif ne s’est fait plus insistant, plus sensuel et caressant. Jamais objectif ne s’est fait plus subjectif et dérangeant. Ce cinéma parle de la place du corps du filmant, du corps filmé, vers le corps du spectateur.
  • 11 h à 12 h : Gérard Pelé - Qui veut l’objet veut l’instrument. Cette évocation de Klossowski éclaire le parcours d’André Almuró, « Du sensationnisme au dual art » : proposant un devenir-art qui serait une conjonction d’identités et d’altérités dans le processus même, un dual, virtuel dans l’acte créateur, mais concrétisé en permanence dans le vécu et présidant à son accomplissement. Ainsi, son branchement sur un dispositif cinéma ne serait pas forcément réifiant comme supposé dans La monnaie vivante.
  • 12 h à 14 h : Déjeuner
  • 14 h à 15 h : Marie-Jo Pierron - Les « mises en regard » dans les essais filmiques de Johan van der Keuken. Comme on parle de mise en scène, mise en cadre et mise en chaîne (1), ne peut-on envisager l’émergence d’une « mise en regard » à propos de ces formes libres que constituent les essais filmiques de Johan van der Keuken ? Cette « mise en regard » apparaît en effet dès lors que l’on observe la méthode de van der Keuken qui consiste avant toute chose à filmer la situation dans laquelle il est, à filmer sa propre place dans le monde. Sa filmographie fait apparaître que vie privée, voyages et films sont toujours étroitement imbriqués : on n’oublie jamais d’où ça regarde. Dans ses films et au cours des entretiens qu’il a accordés, van der Keuken n’a cessé de préciser son approche du réel. Dès 1964, avec L’enfant aveugle, van der Keuken pose les questions qui continueront de traverser ses films ultérieurs. Comment un aveugle peut-il être en rapport avec le réel ? En demeurant toujours dans une proximité tactile avec les choses, en mémorisant les lieux à partir de leurs irrégularités. Le traitement de l’espace comme métaphore du monde est à la fois regard porté sur le réel, et réflexion sur celui-ci : le comment ça regarde est toujours apparent. Il s’agit pour van der Keuken de porter un regard subjectif sur le réel, tout en réfléchissant à l’acte de filmage et de perception qu’il est en train d’effectuer… Et c’est en se fondant sur son expérience individuelle en tant qu’homme, citoyen et cinéaste que van der Keuken donne matière et forme à son regard. Ainsi les essais de van der Keuken établissent un rapport au monde sous la forme d’un regard en train de s’exercer et de s’afficher. Ils aménagent ainsi un regard en creux, engendrant le questionnement chez le spectateur. (1) : André Gaudreault, Du littéraire au filmique Système du récit, Méridiens Klincksieck, 1989.
  • 15 h à 16 h : Lise Gantheret - L'énonciation personnelle dans les films autobiographiques. Les films personnels, en tant que discours de soi prennent des formes variées tels l’autoportrait, le journal filmé, la lettre filmée, etc. L'auteur y expose souvent l’intimité de sa pensée qu’il porte tout à la fois sur lui-même, sur les autres, sur le monde ou encore sur son propre acte de création.Mobilisant une approche sémio-pragmatique, cette communication vise à définir un mode de lecture personnalisant, constitutif du cinéma subjectif autobiographique. Quel processus dialectique entre personnalisation et impersonnalisation est à l'œuvre ? Dans quelle mesure le corps et la voix over contribuent à créer des effets de subjectivité ? S’ajoute un pacte entre l'auteur et le spectateur qui concerne l'authenticité autobiographique du récit et oriente vers une lecture fictionnelle ou documentarisante. Ce pacte induit la promesse de responsabilité et de sincérité de l'auteur face à ses dires. Nous illustrerons notre réflexion par les films Route One USA (1989) et Berlin 10/90 (1990) de Robert Kramer et Capitaines de l’espérance (2010) de Lise Gantheret.
  • 16 h 15 à 17 h 15 : Anne Marie Granié / Jean Pascal Fontorbes - La construction filmique de 12 ½. La réalisation de ce film nous a conduit au cœur des interactions sociales. ''Le propos portera tout d’abord sur la reconnaissance dans le sens où en parle Paul Ricoeur. Le parti pris de l’auto récit nous invite à la réciprocité... L’identité narrative est au centre. Les niveaux de subjectivité se chevauchent. Il s’agit d’une expérience sociale dans le sens de se laisser envahir par le discours de l’autre dans notre manière de ressentir des émotions et de construire la représentation cinématographique du récit événement.


Vendredi 11 février 2011


  • 10 h à 11 h : Dario Marchiori - Le cinéma direct, ou le sujet retrouvé. Le cinéma direct s’est retrouvé inscrit dans une fausse polarisation entre transparence et falsification, ce que dément sa capacité d’atteindre des moments d’expression authentique et partagée du subjectif. Au moment même où le filmeur se met au service de celui ou celle qui est filmé(e), il en arrive à inscrire sa propre subjectivité dans le film.
  • 11 h à 12 h : Jérémy Hamers - Le cinéma documentaire d’Alexander Kluge et de Werner Herzog. Au-delà des antagonismes : le cinéaste. Si pour Werner Herzog le rôle du spectateur semble réduit à celui d’un récepteur passif, pour Alexander Kluge en revanche, le spectateur et sa mémoire des images doivent conduire à l’élaboration d’un sens supérieur que la subjectivité du seul auteur serait incapable de faire émerger. Pourtant, leurs pratiques documentaires respectives se fondent sur la perception d’une figure complexe, celle du cinéaste, constitutive d’une relation que le film contribuera à instaurer entre le réalisateur et le spectateur.
  • 12 h à 14 h : Déjeuner
  • 14 h à 15 h : Peggy Saule - Robert Bresson, de l’objectivation consciente à la subjectivation sublimée. Polyphonie monocorde, ton lent et laconique des voix des modèles, réitération chronique des gestes : Bresson inaugure un processus d’objectivation cinématographique. Pourtant, Bresson invite le modèle à « à être divinement soi » : il invente une objectivité fondée sur la subjectivité essentielle de ses modèles, une subjectivité cinématographique métaphysique qui force le corps à penser et dévoile la projection subjective de l’impensé de la pensée.
  • 16 h 15 à 16 h 45 : Clôture du Colloque, par Pierre Arbus